TCHOUANG TSEU

Les sujets abordés dans ce texte sont les règles pour prendre soin de la vie, la vertu de l’homme parfait, la perfection suprême selon que l’on se conforme au Tao du ciel et de la terre.

Nan-jong Tch’ou interroge Lao-tseu:
« Ainsi, je voudrais vous entendre simplement sur les règles qu’il faut suivre pour prendre soin de la vie.
– Voici les règles pour prendre soin de la vie, dit Lao-tseu. Pouvez-vous embrasser l’unité? Pouvez-vous ne jamais la perdre? Pouvez-vous connaître le faste et le néfaste sans consulter l’écaille de tortue ou les brins d’achillée? [Tirage du Yi Jing] Savez-vous vous arrêtez à temps? Pouvez-vous vous retirer quand il le faut? Pouvez-vous vous désintéresser d’autrui pour vous rechercher vous-même? Pouvez-vous garder votre esprit libre? Pouvez-vous rester simple? Pouvez-vous revenir à l’état de première enfance? Le nouveau-né vagit tout le jour sans en être enroué, tant est parfaite l’harmonie de sa constitution. Il serre ses mains tout le jour sans faire d’efforts, car il partage l’énergie première.Il regarde tout le jour sans que ses yeux bougent, car le monde extérieur n’existe pas pour lui. Il marche sans savoir où il va et se tient tranquille sans savoir ce qu’il fait.Il se plie à toutes choses et en suit les fluctuations. Voilà les règles pour prendre soin de la vie.
– La pratique de ces règles est-elle de la vertu de l’homme parfait? demanda Nan-jong Tch’ou.
– Certes non, répondit Lao-tseu. La pratique des règles ne représente que le dégel au cours duquel l’homme se débarrasse de ses préjugés. L’homme parfait partage avec les autres la nourriture de la terre; il partage avec les autres la joie du ciel, mais il ne se laisse pas troubler par les hommes et les choses et ce qu’ils comportent de profitable ou de nuisible.Il ne participe pas à leur bizarreries; il ne se mêle d’aucun projet humain; il n’a affaire à personne. Il va librement et revient en toute simplicité. Voilà ce que j’appelle les règles pour prendre soin de la vie.
– Ce que vous venez de dire représente-t-il la perfection suprême? demanda Nan-jong Tch’ou.
– Pas encore, reprit Lao-tseu. J’ai dit : pouvez-vous redevenir comme le petit enfant? Celui-ci remue sans savoir ce qu’il fait et marche sans savoir où il va. Que votre corps soit semblable à une branche d’arbre desséchée! Que votre esprit soit pareil à la cendre éteinte! Ainsi vous ne serez visité ni par le malheur ni par le bonheur. Le malheur et le bonheur n’existent pas pour vous, comment serez-vous sujet aux catastrophes qui s’abattent sur vous? »
Texte recopié dans le TCHOUANG-TSEU, l’Oeuvre complète, Chapitre XXIII, édité par la Bibliothèque de la Pléiade et traduit par Liou Kia-Hway.

A propos de Philippe Le Sifu

Philippe Ferrand est élève depuis 1988 de Maître Michel N’Guyen Person,

vainqueur en 1991 et 1992 de la Coupe Rhône-Alpes de Combats traditionnels,

professeur diplômé du Cercle Thiếu Lâm,

directeur national de l'arbitrage au sein du Cercle Thiếu Lâm,

instructeur fédéral de kung fu wushu depuis 1997,

professeur diplômé de QI GONG par la Fédération Européenne d'Arts énergétiques et de Qi Gong,

praticien de Tuina énergétique (Massages chinois)

praticien de Chineitsang (Massage taoïste du ventre)

nommé Sifu par ses maîtres en juin 2016